Rita Maalouf à « L’OLJ » : L’engagement du Hezbollah en Syrie a des conséquences négatives sur le Liban

 

https://www.lorientlejour.com/article/1033537/rita-maalouf-a-lolj-lengagement-du-hezbollah-en-syrie-a-des-consequences-negatives-sur-le-liban.html

Du fait des implications de la guerre syrienne et du dossier des chrétiens d’Orient sur la scène libanaise, le Liban suscite, dans une certaine mesure, l’intérêt des principaux candidats à la présidence française. Alors que la campagne présidentielle bat ainsi son plein à Paris, Rita Maalouf, secrétaire nationale à la Politique industrielle et des entreprises au sein du Parti socialiste français, rattachée au secrétaire général Jean-Christophe Cambadélis, évoque dans un entretien avec « L’Orient-Le Jour » la position du PS concernant des dossiers qui intéressent directement le Liban.

L’Orient-Le Jour – L’implication du Hezbollah en Syrie n’est-elle pas un facteur de déstabilisation au Liban et au niveau de la région du fait des tensions sectaires qu’elle suscite ?

Rita Maalouf – L’implication du Hezbollah n’est pas la cause mais la conséquence de ces tensions. Bachar el-Assad n’a pas voulu initier une évolution du régime comme a su le faire le roi du Maroc. Il a donc affronté son peuple avec violence, ce qui a déclenché une guerre civile en Syrie. À partir de là, il a dû s’appuyer sur des alliés iraniens, donc sur le Hezbollah, et les Russes. Dans ce contexte, cet engagement militaire du Hezbollah, qu’on ne peut plus qualifier d’implication, a eu des conséquences négatives sur le Liban jusqu’à déclencher une crise libanaise. Le Liban, confronté à une crise structurelle due au caractère confessionnel de l’État, fut ainsi paralysé au moment où il aurait eu besoin de l’aide internationale.

Il faut ajouter à cela l’absence de consensus dans le camp anti-Hezbollah. Cette situation a fini par rendre le Hezbollah incontournable, lequel a donc pu imposer Michel Aoun à la présidence de la République. Il s’agit d’une consolation donnée aux Iraniens pour qu’au final ils lâchent Bachar el-Assad. Dans ce jeu des puissances régionales et mondiales, le Liban n’est pas un acteur mais un terrain de jeu.

L’influence de l’Iran jusqu’au bord de la Méditerranée, notamment au Liban, n’est-elle pas une source de tension avec Israël ?

Le retrait américain au profit d’un équilibre Iran/Arabie/Israël n’a pas fonctionné car Israël s’est allié de fait à l’Arabie contre l’Iran, suivant le principe que l’ennemi de mon ennemi est potentiellement mon ami. L’Arabie ne peut accepter la montée en puissance de la Perse iranienne chiite. Dans ce contexte, Michel Aoun n’a aucune marge de manœuvre. Le Liban est coupé des monarchies du Golfe sunnites. Il est perçu comme étant pro-iranien. Et Israël ne peut tolérer un État « hezbollahisé ».

Dans cette nouvelle configuration, si le nouveau président de la République Michel Aoun ne s’extrait pas de ce paradigme en ramenant le Liban plus au centre, il est fort à parier que les tensions entre Israël et le Liban vont s’accentuer.

Quelle solution pour les réfugiés au Liban et quelles sont les conditions pour un retour des réfugiés en Syrie ?

Il y a une situation d’urgence sur ce plan. Je plaide à ce propos pour une union nationale libanaise afin que la communauté internationale se saisisse de ce dossier. Nous sommes face à une situation qui risque de devenir explosive avec la présence du Hezbollah, des réfugiés syriens à majorité sunnite et des réfugiés palestiniens. Pour le reste, tant que Bachar el-Assad sera au pouvoir, les Syriens ne reviendront pas dans leur pays.

C’est pour cette raison qu’il devient impératif de trouver une solution politique à la guerre en Syrie pour que les réfugiés rentrent chez eux, mais cette solution ne peut passer par Bachar el-Assad.

Qu’en est-il de la crise à laquelle est confronté François Fillon, et quid de son positionnement par rapport à la Syrie ?

François Fillon n’a pas su anticiper le fait que les mœurs politiques ont changé. Ce qui était hier toléré – rémunérer sa femme – ne l’est plus et l’emploi fictif ne l’est plus du tout. François Fillon parlait d’« intégrité », d’exemplarité et critiquait les « assistés ». Il s’agit d’une affaire de népotisme : on est « assisté » à 500 euros, mais à 5 000 euros on devient « assistant » ! D’ailleurs, la droite doutait déjà avant les révélations du Canard enchaîné car en un mois, François Fillon avait perdu 6 points dans les sondages, après avoir bénéficié de la dynamique des primaires. Aujourd’hui, la droite cherche quelqu’un qui puisse le remplacer.

Concernant la Syrie et le positionnement de François Fillon à cet égard, j’aimerais parler d’Alain Marsaud, député des Français de l’étranger, qui a toujours été cohérent dans son positionnement. Sa ligne de conduite est de miser sur les Iraniens et les chiites pour l’intérêt de la France, même si ce n’est pas obligatoirement l’intérêt du Liban. Il a beaucoup œuvré auprès de Fillon pour adopter cette politique. Ce dernier l’a suivi. Mais aujourd’hui, Fillon semble mal en point. S’il est remplacé par Juppé ou Baroin, la politique de la droite française changera radicalement.

 La question des chrétiens d’Orient s’est invitée dans la bataille présidentielle…

Le dossier des chrétiens d’Orient constitue une préoccupation qui fait l’objet d’un consensus en France. À tort, les Français identifient cette question à ce qui reste de la présence française en Orient. Beaucoup a été fait sur ce plan et beaucoup sera fait encore.

Comment peut-on évaluer les chances du candidat du Parti socialiste, Benoît Hamon ?

Benoît Hamon est issu de la gauche du PS mais il fut un soutien de Michel Rocard puis de Lionel Jospin et de Martine Aubry. Il est aujourhui le candidat de la Belle alliance populaire et des socialistes et il bénéficie du réflexe légitimiste de l’électorat socialiste. Il a réduit les chances du candidat de la « France insoumise », Jean-Luc Mélenchon. Mais sera-t-il capable de réduire les chances d’Emmanuel Macron ? Cela est une autre histoire car il ne faut pas simplement séduire la gauche mais la France.

En quoi consistent vos responsabilités actuelles au sein du PS et envisagez-vous une candidature aux prochaines législatives françaises ?

Je suis secrétaire nationale à la Politique industrielle et des entreprises au sein de la direction du Parti socialiste auprès de Jean-Christophe Cambadélis. Mon nom circule pour gérer tout le pôle économie, innovation, travail, économie sociale et solidaire, numérique, tourisme et transport…

Concernant les législatives, je ne me représente pas à la XXe circonscription des Français de l’étranger. Ce serait Daad Naffi, Franco-Libanaise vivant au Liban depuis une dizaine d’années, qui sera candidate. Elle affrontera en juin prochain Alain Marsaud, député Les Républicains sortant. C’est une femme pleine de conviction en qui j’ai confiance pour défendre les intérêts des Français de l’étranger au sein de l’Assemblée nationale.

Concernant ma candidature aux législatives, je fais partie de la short list des femmes du Parti socialiste qui pourraient s’investir aux législatives dans des circonscriptions de gauche. C’est une reconnaissance de mon travail. Mais je garde la tête froide car je sais que tant que ce n’est pas fait rien n’est acquis. Inchallah…

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A propos ritamps

Secrétaire Nationale Chargée du pôle production et répartition des richesses
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