Conférence : Quelle gouvernance pour demain ?

A Bruxelles lors d’une conférence sur « les menaces qui pèsent sur notre monde de demain » en présence de personnalités et dirigeants politiques de tous les pays.

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J’ai surtout évoqué l’impact du phénomène migratoire et ce que l’Union européenne pourrait faire face aux conséquences dramatiques de ce défi.

voici mon intervention :

I – Constater

Alors que l’Europe est sujette à de nombreux troubles, un sujet grave se pose à nous en tant qu’Européens.

Il s’agit de la question des arrivées massives de migrants, qui devient chaque jour un sujet plus crucial pour les pays européens.

Répondre au défi migratoire, nous permettra aussi de répondre à la question de notre propre identité, de notre rapport à l’histoire et du sens de notre engagement.

Les constats d’aujourd’hui sont imparables et j’en citerai deux :

Jamais depuis 50 ans la Méditerranée n’avait été en proie à de telles difficultés :

1/ Difficultés liées aux multiples guerres civiles au Proche-Orient et en Afrique ;

2/ Difficultés dues aux changements climatiques et à la pauvreté.

Ces femmes, ces hommes et ces enfants viennent chercher en Europe la paix et la solidarité et fuient dans leur pays d’origine la dictature, la guerre et la famine.

Jamais depuis la Seconde Guerre mondiale l’Europe n’avait connu une telle montée du nationalisme, du populisme ou de la xénophobie. Il n’y a d’ailleurs aucunement besoin de longues explications ou de dissertations philosophiques pour comprendre le résultat du référendum au Royaume-Uni, auquel on peut rajouter celui de l’élection présidentielle en Autriche ainsi que les difficultés politiques en Allemagne, en Hongrie et en Pologne.

A la racine, il y a toujours la peur mais surtout la peur face aux mouvements migratoires. Et à chaque fois une instrumentalisation de ces peurs dans une consultation électorale.

II-     Affronter

Pour nous, européens progressistes, il y a là un défi à affronter, une exigence de lucidité et une capacité à trouver un discours sérieux.
Au point de départ, il y a nos valeurs, il y a les valeurs de l’Europe construite au travers de ses drames historiques.

Nous haïssons le racisme, le rejet de l’autre, les discriminations et les persécutions.

Nous sommes persuadés que l’Union européenne a largement les capacités d’accueillir ces migrants qui représentent une réelle opportunité pour faire face aux défis économiques auxquels nous serons confrontés dans les prochaines années.

Mais force est de constater qu’il n’existe pas de stratégie commune dans ce domaine, laissant actuellement chaque pays face à lui-même.

III-     Proposer une politique de gauche

 Afin de surmonter cette crise, nous devons adopter 5 principes comme nous l’avons formulé au sein du Parti Socialiste : « tarir, contenir, soutenir, répartir et enfin accueillir pour intégrer ».

Le premier enjeu sera de tarir ces flux. Il est primordial de régler le problème à la source, de lutter contre les causes profondes des migrations :

1/ En portant une politique extérieure et de défense commune qui tente de mettre fin aux conflits. Cela passera par un engagement déterminé pour lutter contre Daesh, mais aussi par la recherche d’une solution politique en Syrie tout en exigeant le départ de Bachar El Assad ainsi qu’une réponse durable pour la stabilité dans la zone sahélo-saharienne.

2/ En engageant des politiques de coopération pour le développement sanitaire et économique en Afrique.

Je souligne donc l’importance d’une approche 3D : défense (sécurité), développement (politique européenne de voisinage) et diplomatie (solution politique).

Le deuxième enjeu sera de contenir ces flux :

1/ En participant au renforcement des contrôles aux frontières des États exposés comme la Grèce et l’Espagne.

2/ En durcissant les sanctions envers les réseaux mafieux de passeurs.

Le 3ème enjeu sera de répartir équitablement les flux dans les pays européens. Aussi, un organisme européen devra être créé pour répartir la charge entre tous les pays.

Le 4ème enjeu sera de soutenir l’émergence d’initiatives communes en Europe centrées avant tout sur les pays d’origine ou de transit affectés par le flux de réfugiés (le Liban et la Jordanie en sont un exemple). Il est crucial d’avoir des investissements sociaux importants dans ces pays.

 Et enfin, le dernier enjeu sera évidemment d’intégrer ces migrants ; je souhaiterais m’attarder particulièrement sur ce point :

Nous devons proposer des politiques d’intégration efficaces, garantissant l’accès à des droits fondamentaux tels que l’éducation, la santé, un logement, la formation, l’accès au marché du travail et la garantie d’un niveau de vie décent. Ces politiques doivent être élaborées en étroite collaboration entre les autorités nationales, régionales et locales qui affrontent quotidiennement ces problèmes.

Chaque femme, chaque homme est pour nous un être humain qui doit être respecté et protégé.

En disant cela je sais qu’on me criera que la gauche généreuse doit aussi tenir compte des réalités et ne pas devenir naïve : débat incessant encore entre réalistes et utopistes.

Là aussi, c’est une nouvelle synthèse qu’il nous faut construire.

Michel Rocard en son temps avait dit « la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde ». Il avait par la suite dans les débats rajouté : « encore faut-il qu’elle assume sa part de solidarité dans le refus de cette misère ».

Nous avons vu cette question osciller en permanence entre générosité et fermeté en ayant, avouons-le, du mal à trouver l’équilibre pertinent.

Je pense que, pour l’Europe, cette question du flux migratoire, de l’intégration, de l’identité doit donner lieu à la définition d’une doctrine qui permette d’être efficace et utile dans la bataille idéologique face à la droite et l’extrême droite.

L’immigration zéro est impossible et stupide et l’idée de frontières infranchissables est un leurre et insupportable dans les drames humains qu’elle génère aujourd’hui en méditerranée.

Mais en même temps nous ne pouvons donner le sentiment que les frontières sont ouvertes sans aucun contrôle.

C’est pourquoi je pense qu’il faut se servir de l’exemple canadien : Mettre en place un plafond annuel d’accueil intégrant à la fois nos besoins, nos possibilités et notre solidarité.

Ce plafond pourrait être aussi un plafond européen, il doit être annuel pour pouvoir s’adapter aux situations difficiles.

Chaque nouvel arrivant signera ainsi avec l’Etat une charte qui stipulera quels sont les droits et les devoirs de l’Etat et du migrant.

Cette double proposition doit donner lieu à discussion, s’affiner mais elle a pour moi un but, accueillir, responsabiliser et rassurer.

Un dernier mot pour dire que les constats sont durs et réalistes mais nous n’avons d’alternative que d’accueillir ces migrants.

L’Europe se doit d’avoir une réponse basée sur la solidarité, la générosité et la confiance et construite autour d’une politique migratoire européenne pragmatique et coordonnée.

C’est une Europe de la tolérance, de l’égalité et de l’union que nous voulons. Cela doit être une de nos réponses aux personnes qui veulent instrumentaliser ce défi pour diviser nos sociétés et encourager la haine et la peur.

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A propos ritamps

Secrétaire Nationale Chargée du pôle production et répartition des richesses
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