Réfugiés : principaux points de mon intervention du 29.02.2016 au Secrétariat National et au Bureau National du Parti Socialiste.

La question des réfugiés est un phénomène global qui, s’étant amplifié avec la crise syrienne, est au croisement de nombreuses dimensions tant intérieures qu’extérieures, diplomatiques qu’économiques et sociales.

Ce thème est devenu un enjeu de politique nationale sur lequel nous devons rechercher, au sein de la gauche, la plus grande cohérence au risque que le débat ne soit détourné au profit d’une guerre des identités que le bloc réactionnaire veut déclencher.

1. Quelques remarques préliminaires :

1.1 Il faut se saisir de la question sémantique car les termes utilisés ont des implications juridiques et symboliques : sur le plan symbolique, l’utilisation du mot « réfugié » permet d’insister sur le fait que cette crise est une conséquence directe d’une guerre suscitée par un dictateur ayant décidé de répondre par la violence aux revendications démocratiques de son peuple.

1.2 Il s’agit de rappeler qu’il n’y a pas un afflux de réfugiés en France : l’immigration représente à peu près 0,3% de la population française car notre pays n’est pas un pays de destination mais un pays de transit. Cette remarque est importante pour dénoncer les mensonges du FN sur ces questions.

Ainsi, quand le maire de Béziers a fait paraitre en une de son «soi-disant » journal  d’informations municipal une photo truquée de réfugiés prenant le train pour « envahir » cette ville, je me suis rendue sur place pour manifester et dénoncer l’amalgame fait entre souffrance humaine et le mythe d’une invasion aux cotés de nos camarades de la Fédération de l’Hérault et des réseaux associatifs.

1.3 Au travers de cette question de l’asile, nous dessinons l’idée même que nous voulons de la République : une République ouverte, solidaire, accueillante, généreuse.

Nous avons su répondre à ce défi car, dès le début de cette crise, le Parti-Socialiste et son réseau d’élus ont pris une position claire et nette qui a permis de fédérer sur un thème qui rassemble.

A travers notre communication, nous avons également aidé une partie de nos concitoyens à changer leur perception vis-à-vis des réfugiés.

Il nous revient maintenant de mobiliser et de renouer avec tout le tissu culturel, associatif et humanitaire.

1.4 Et enfin, l’accueil des réfugiés ne constitue qu’une partie essentielle d’une politique d’ensemble, dans laquelle s’est engagé le gouvernement que ce soit au niveau de la lutte contre les passeurs ou au niveau de la résolution des problèmes dans les pays sources.

Nous nous sommes engagés sur le plan militaire et diplomatique par une action déterminée contre Daesh et une lutte contre les dictateurs.

Nous avons accordé notre soutien aux pays de 1er transit comme le Liban et la Jordanie.

2. Les actions du gouvernement pour faire face à cette crise :

Sur la scène internationale et à l’intérieur de nos frontières, notre pays a porté le message de solidarité, d’humanité et de lucidité.

Ainsi, dès l’élection de François Hollande des efforts ont été engagés dans ce sens mais avec une certaine maîtrise de la situation.

Une de nos réformes les plus importantes a été celle de la réforme du droit d’asile du 29 juillet 2015.

Cette réforme vise 3 objectifs:

  • raccourcir les délais d’examen qui étaient de 2 ans auparavant à un délai de 9 mois ;
  • renforcer les droits des demandeurs d’asile dans l’accès à des services fondamentaux, l’hébergement, la santé et l’alimentaire ;
  • simplifier les démarches administratives, créer des places en CADA et répartir les demandes sur tout le territoire.

2.1 La situation aujourd’hui:

  • La part du budget national (804,8 millions euros) consacrée aux crédits « immigration, asile, intégration » est en augmentation en comparaison au budget 2015 (+ 25 points).

Ceci a permis d’augmenter le nombre d’embauche à l’OFPRA, donc de diminuer la     durée de traitement des dossiers et de subventionner la création de place pour héberger les demandeurs d’asile : 3500 places annoncées et 5130 places devraient être créées en CADA en 2016.

  • Le Conseil de l’Union Européenne s’est engagée en septembre 2015 à relocaliser 160 000 réfugiés sur deux ans à partir de l’Italie, de la Grèce et de la Hongrie mais le processus se révèle difficile à mettre en place et les relocalisations restent pour l’instant modestes. Cette lenteur est due au mauvais fonctionnement des hot spots. Seuls 497 réfugiés ont été relocalisés en Europe depuis le mois de septembre 2015 : la France en a reçu 150 et très prochainement nous allons accueillir 200 personnes (source : OFPRA).
  • Parallèlement, un coordinateur national de l’accueil des migrants a été nommé afin d’aider les maires à mobiliser les locaux vacants.

2.2 La situation à Calais et à Grande-Synthe :

Cela étant, et malgré nos efforts, la situation des réfugiés reste associée à la question des camps de Calais et de Grande Synthe dont l’implantation est ancienne et qu’il convient de régler avec humanité et efficacité.

La réponse de l’État a été multiple. Elle a permis de :

  • lutter contre les filières d’immigration illégale : en 2015, 28 filières de passeurs qui sévissaient à Calais ont été démantelées, soit 2 fois plus qu’en 2014. Sur le camp de Grande-Synthe, 25 filières ont également été mises hors d’état de nuire depuis le 1er janvier 2015 ;
  • sécuriser des infrastructures de transport : plus de 18 M€ ont été investis dans le port, 51 M€ pour le tunnel ;
  • donner une réponse humanitaire : le gouvernement a investi plus de 18 M€ en 2015, afin d’accompagner la commune de Calais pour accueillir dignement les réfugiés et les demandeurs d’asile ; un centre d’accueil de jour, le centre Jules Ferry, a été ouvert (il distribue, chaque jour, 2 500 repas et offre également environ 500 douches aux migrants installés), des mesures d’assainissement ont été mises en place, un dispositif d’hébergement et de mise à l’abri a été déployé (500 tentes de la Sécurité Civile, 400 places pour les personnes vulnérables, 1 500 places aménagées dans des conteneurs de 12 places chacun) ;
  • d’organiser une meilleure gestion de l’asile : en 13 mois, 4 315 personnes ont été orientées hors des campements de Calais ou de Grande-Synthe vers un dispositif adapté à leurs droits : un centre d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA), ou d’accueil temporaire du service de l’asile (AT-SA), ou centres d’accueil et d’orientation (CAO).

Et aujourd’hui à Calais et à Grande-Synthe?

Alors que respectivement 6 000 et 3 000 migrants y vivaient encore cet automne, ils ne sont plus désormais que 3 700  à Calais et 1 100 à Grande-Synthe.

Le gouvernement a décidé de réduire de moitié la superficie de la « Jungle ».

Cette décision entraînera le relogement des personnes vivant sur la zone, dans les dispositifs prévus par l’Etat, le centre d’accueil provisoire à Calais et les centres d’accueil et d’orientation en France.

Ce démantèlement, confirmé par le tribunal la semaine dernière, provoque la colère des associations qui sont persuadées que des campements se reconstruiront à Grande-Synthe ou d’autres petits camps vont être créés.

3. Le rôle du Parti-Socialiste pour faire face à la crise:

Nous avons des militants et des élus que nous avons mobilisés sur le terrain.

Plus de 500 maires socialistes avaient répondu à l’appel lancé le 3 septembre 2015 par Jean-Christophe Cambadélis, et par Pierre Cohen, pour constituer un réseau de villes solidaires. Nous avons organisé un meeting au Cirque d’hiver :

INTÉGRAL – Revivez le meeting de soutien à l’accueil des réfugiés au Cirque d’hiver

En 2014, nous avons reçu l’opposisiton syrienne au Bureau National et Jean-Christophe Cambadélis a alerté qu’un 3ème front risque de s’ouvrir, celui des réfugiés :

Jean-Christophe Cambadélis Michel Kilo Jean-Marc Germain

 

Depuis le Congrès de Poitiers, nous avons mené plusieurs campagnes de communication, celle du 19 août lors de la Journée mondiale de l’humanitaire et tant d’autres actions. Nous avons rencontré les associations engagées sur le sujet, ce qui nous a permis d’être très présent sur cette thématique.

Nous pouvons aujourd’hui :

  • mettre en avant le problème du fonctionnement des CAO  qui manquent de moyens, qui souffrent d’absence de comité de pilotage national, de coordination locale entre services publics, élus locaux et associations, d’absence d’articulation entre les acteurs calaisiens et les CAO ouverts sur le territoire ;
  • nous exprimer sur le peu de possibilité d’admission vers l’Angleterre notamment pour orienter les mineurs isolés étrangers, les réfugiés et migrants à Calais qui ne veulent pas demander l’asile en France car beaucoup ont des membres de leur famille au Royaume-Uni.

Dans ce cadre, il s’agit d’ouvrir le débat sur les accords du Touquet car le Royaume-Uni a signé les accords internationaux. D’autant plus que les conséquences de ces accords donnent une image de la France comme étant un bras policier de la Grande-Bretagne.

  • Il faut enfin réfléchir à une réponse à apporter aux milices d’extrême droite et à ceux d’extrême gauche comme les no border qui sont présents à Calais.

 

Le problème des MINEURS ISOLÉS et celui des déboutés :

  • Le dossier des mineurs isolés est une problématique liée au défi migratoire. Le 29 janvier 2016, le Comité des droits de l’enfant des Nations Unies a interpellé la France sur la situation des mineurs étrangers. Ce dossier devrait être traité au sommet franco-britannique qui réunit François Hollande et David Cameron ce jeudi 3 mars 2015.
  • Sur le dossier des déboutés, quelle est la situation ? A titre d’exemple en 2014, il y a eu 60000 demandeurs d’asile, 15000 à 18000 demandes acceptées, 5000 retours au pays organisés, donc près de 35000 à 40000 personnes restent sur le territoire national. Que fait-on de ces personnes ? On peut estimer qu’ils ont vocation à retourner dans leur pays mais on a pas la capacité d’organiser ce retour. Le résultat est là, les déboutés actuellement engorgent les structures d’hébergement car ils n’ont le droit ni au logement ni au travail. Ils vivent de mendicité de trafic ou de travail au noir.

 

4. Conclusion

En conclusion, même si ce problème est à l’épreuve de la solidarité européenne, nous avons à notre échelle des moyens d’actions que nous avons déjà mobilisé.

Car entre le fantasme identitaire d’une fermeture des frontières qui livrerait totalement les réfugiés aux réseaux mafieux de passeurs et l’utopie d’une ouverture totale des frontières dans un contexte de protection de la France face aux dangers extérieurs, il y a une voie humaniste concrète qui garantit aux réfugiés respect et dignité.

 

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A propos ritamps

Secrétaire Nationale Chargée du pôle production et répartition des richesses
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