Voir « Timbuktu », violence et poésie

http://www.huffingtonpost.fr/rita-maalouf/voir-timbuktu-violence-et-poesie_b_6310590.html

Il est des œuvres qui nous touchent par leur poésie autant que par leur force politique. C’est le cas de « Timbuktu » le film d’Abderrahmane Sissako. Et c’est pour la portée politique et humaniste de ce film que nos responsabilités au sein du Parti socialiste nous conduisent à honorer la sortie de ce film sur les écrans français.

En 2012, l’attention des médias avait été concentrée sur la destruction des sites culturels de la ville de Tombouctou par les djihadistes, acte ignoble qui entaille sévèrement et dépèce le patrimoine mondial de l’Humanité. Le réalisateur s’y réfère dès les premières minutes de son œuvre, où l’on voit des djihadistes charger des camionnettes d’armes… et de masques et statuettes. Abderrahmane Sissako suggère ainsi, dès le début du film, que les sacrifices humains et les cicatrices d’un peuple n’ont pas le même poids dans la balance que les artefacts de la vieille ville de Tombouctou aussi importants soient-ils. Sissako dresse un portrait multiculturel des habitants de la région, l’appartenance ethnique y est très diverse et les habitants y coexistent de façon pacifique.é>

Les djihadistes, étrangers et agressifs décident d’interdire la musique, le football, de voiler les femmes… L’imam local (Adel Mahmoud Cherif) tente alors de jouer les médiateurs mais n’a aucune réelle influence sur ces intrus. Si les règles de ces extrémistes ne sont pas respectées, les punitions sont expéditives et sévèrement appliquées par les fondamentalistes. En ville, des musiciens et une chanteuse, Fatou sont arrêtés par les djihadistes qui la condamnent à quarante coups de fouet. Parée de son abaya noire, à genoux, elle crie et chante en même temps sous les coups. Abderrahmane Sissako démontre à quel point l’art, la musique, les rires, l’imagination, dans les moments les plus tragiques, sont les armes les plus puissantes contre l’absurdité d’une guerre qui a pris la religion en otage. Alors, la force de vie et d’espoir d’un peuple qui se reconnaît dans une dimension onirique, poétique, surpassent les scènes les plus violentes. La guerre devient source de création.
Le style mûr, subtil et retenu de Sissako fait comprendre au spectateur que la violence de l’extrémisme religieux n’est pas réservée à l’Occidental mais qu’elle est aussi dirigée vers les populations locales et hautement destructrices. A cet égard, l’élément déclencheur de ce film, selon le réalisateur, a été la lapidation d’un couple d’une trentaine d’années, non-marié « devant Dieu » et ayant eu des enfants, le 22 juillet 2012 à Aguelhok, une petite ville au nord du Mali.

L’indifférence généralisée des médias ainsi que la violence inouïe des images de la lapidation a poussé Abderrahman Sissako à tourner ce film, pour « qu’aucun enfant ne puissent apprendre plus tard que leurs parents peuvent mourir parce qu’ils s’aiment ».Ce film, pour nous responsables politiques, est une leçon, qui montre que la solidarité, la coopération et l’entraide doivent être ressoudées avec le continent africain.Ces « lois » autoritaires, obscurantistes n’ont pas leur place au XXIe siècle et dans aucune partie du monde et si nous sommes engagés en politique, c’est pour défendre une société mondiale plus juste, une société où chacun a droit à la dignité et où les droits de l’Homme sont respectés.

Au-delà du contexte violent dans lequel se situe l’action de son film, Abderrahmane Sissako est loin de tomber dans le misérabilisme et dans le désespoir. Au contraire, le réalisateur nous transmet un message essentiel: la résistance par la poésie.

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A propos ritamps

Secrétaire Nationale Chargée du pôle production et répartition des richesses
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